Paroisses catholiques de Sarcelles

Paroisses catholiques de Sarcelles

Homélie de Mgr Stanislas Lalanne


Evêque de Pontoise
5e dimanche de carême
29 mars 2020

Chers amis, chers frères et sœurs en Christ, en ce dernier dimanche de carême, c’est un ami de Jésus qui nous est présenté. Un ami très cher.
Nous connaissons son nom : Lazare ! En hébreu, ce nom peut signifier : « sans espoir » !
Certains d’entre nous ou autour de nous doivent bien se retrouver dans cette figure de Lazare, au cœur de cette grave crise mondiale que nous traversons :
• des personnes malades, 
• certaines plus gravement atteintes luttant contre la maladie, à l’hôpital ou en EHPAD, 
• des personnes en fin de vie, 
• des familles, des proches, inquiets, voire angoissés et sans espoir.
Quand le Seigneur arrive à Béthanie, Lazare est mort, même si Jésus suggère qu’il est seulement endormi. Mais, en fait, il est déjà enterré ! Non seulement il est enterré mais il est lié. Des bandelettes entourent tout son corps.
Il est sans vie dans un tombeau avec une pierre devant, la mort et l’odeur de pourriture à l’intérieur. Non plus un homme mais un cadavre. Le nom de Lazare (« Sans espoir) décrit aussi l’état d’esprit de ses sœurs, Marthe et Marie !
Vous avez entendu la suite de ce récit : Jésus délivre Lazare qui reprend vie, à l’étonnement de tous.
Avec la « résurrection », ou plutôt la réanimation, de Lazare, la catéchèse qui conduit au baptême trouve son épanouissement et son achèvement. Je pense à tous les catéchumènes de notre diocèse, 139 jeunes et 143 adultes, à qui je redis toute mon affection et ma proximité.
Il y a quinze jours, dans son dialogue avec la Samaritaine, Jésus annonçait l’eau vive :
• qui jaillira en source de vie éternelle du cœur des croyants 
• comme elle jaillira du cœur transpercé du Christ sur la croix.
Dimanche dernier, dans la guérison de l’aveugle-né, Jésus se désignait lui-même comme la lumière du monde, celui qui apporte l’espérance dans la nuit de l’humanité, celui qui éclaire le chemin des hommes.
Par la résurrection de Lazare, il se manifeste comme le maître de la vie et de la mort : « Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi ne mourra pas. » Des paroles tellement importantes à entendre en ces temps éprouvants !
C’est la figure de ce Sauveur, source d’eau vive, lumière du monde, vie et résurrection qui est proposée aux catéchumènes, à vous qui cheminez vers le baptême que vous recevrez, j’espère, au cours de la vigile de Pentecôte, dans vos paroisses.
C’est la figure de ce Sauveur, source d’eau vive, lumière du monde, vie et résurrection, qui nous est proposée pour revenir aux sources de la vie reçue à notre baptême. Il y a des moments où il est tellement important de se le redire les uns aux autres, de se réconforter les uns les autres !
Dieu, notre Dieu, n’est pas le Dieu des morts. Il est le Dieu des vivants. Dieu, notre Dieu, ne veut pas la mort de l’homme, pas plus qu’il n’a voulu l’extermination de son peuple.
Souvenez-vous :
• il a fait échapper son peuple à l’extermination de l’Egypte en lui faisant traverser la Mer Rouge, 
• il a fait échapper son peuple à la mort de soif dans le désert et à la faim en lui donnant l’eau du rocher et la manne, 
• il a fait échapper son peuple à la mort par les serpents en dressant le serpent d’airain.
Oui, Dieu ne cesse d’ouvrir les tombeaux. Il arrache l’homme au pouvoir de la mort pour l’aspirer dans le règne de la vie.
Il ne veut pas que l’homme soit anéanti, par la violence, par le mépris, par le mal, par la souffrance, par l’épreuve, par le péché. Il ne veut pas que la liberté humaine soit dominée par l’esprit du mal. Il ne veut pas que nous revenions à l’esclavage après avoir connu la liberté.
Ce qu’il veut, c’est nous faire sortir du tombeau. Non pas pour quelques mois ou quelques années, comme ce fut le cas pour Lazare, mais pour toujours.
• Comme il appelle Lazare à sortir du tombeau,
• comme il le fait apparaître encore empêtré des bandelettes qui entourent son corps, 
il appelle l’humanité, toute l’humanité, à sortir de l’ombre de la mort pour resplendir de la lumière de la vie.
• Comme Lazare, nous n’avons pas encore récupéré toutes nos capacités ; 
• comme Lazare, nous sommes encore empêtrés dans les liens anciens qui nous tournent vers la mort ; 
• comme Lazare, nos membres sont encore attachés par des bandelettes et notre visage recouvert ;
• mais comme pour Lazare, Jésus dit : « Déliez-le, libérez-le de ses liens, rendez-lui la vie. »
Le Christ veut que nous soyons déliés de tout ce qui nous rattache encore à la mort. C’est pourquoi il a donné à son Eglise le pouvoir et la mission de délier l’homme du péché.
Comme Jésus le demande à Marthe, il demande à chacune, à chacun de nous, à vous qui m’écoutez, à moi qui vous parle : 
• Crois-tu ?
• Crois-tu que je peux te faire vivre ? 
• Crois-tu que la puissance de mon amour est plus forte que les liens du mal et de la mort ? 
• Crois-tu que la délivrance jaillie du cœur du Christ est plus vaste que la culpabilité ou la faute ? 
• Crois-tu que Dieu est plus grand que ton cœur ? 
• Crois-tu qu’il peut te relever ? 
• Crois-tu qu’il peut t’appeler et te dire : « Sors » ? 
• Crois-tu que tu peux sortir ?
Cette question de la foi est évidemment la question centrale du baptême. C’est la question centrale des disciples du Christ.
Nous y serons invités à Pâques, même si nous ne pourrons malheureusement pas nous retrouver pour célébrer ensemble. Nous renouvellerons la profession de foi de notre baptême au Dieu Trinité, à ce Dieu qui est Père, Fils et Esprit.
Ce renouvellement de la profession de foi, nous sommes invités à la préparer par notre contemplation du Christ, la Résurrection et la Vie.
Renouvellement de notre profession de foi en la capacité du Christ à nous délier de tout ce qui nous retient au tombeau. Renouvellement de notre profession de foi dans la puissance du Christ qui nous libère.
Telle est la question de confiance que la terrible épreuve traversée nous oblige encore plus intensément à nous poser : 
• Qu’allons-nous devenir ? .
• Allons-nous devenir des morts ? 
• Ou bien la foi nous introduit-elle pour toujours dans la Vie ? « Celui qui croit en moi ne connaîtra pas la mort, même s’il meurt », affirme Jésus.
En ces derniers jours qui nous séparent de Pâques, de la fête de la Résurrection, prions le Seigneur : qu’il ravive en nous la conviction que Dieu, notre Dieu, ne veut pas la mort du pécheur mais sa conversion et sa vie.
Que cette certitude ouvre nos cœurs pour accueillir la miséricorde et le pardon de Dieu, pour accueillir la Vie. Que cette certitude nous conforte les uns et les autres. Amen.



29/03/2020
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