Paroisses catholiques de Sarcelles

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Mgr Stanislas LALANNE


Homélie de Stanislas Lalanne pour le 7e dimanche de Pâques 24 mai 2020

 

Chers amis, à quelques heures de sa passion, dans une longue prière adressée à son Père, Jésus récapitule l’ensemble de sa vie. Comme s’il en faisait la relecture !

Il exprime ce qui a constitué le ressort profond et permanent de sa vie donné, de sa vie livrée : l’accomplissement de l’œuvre du Père.

Après l’écoute de cet évangile, je souhaite évoquer avec vous un mot, souvent mal compris, et une expression prononcés par Jésus dès sa première phrase :

• le mot « gloire »,
• l’expression « la vie éternelle ».

D’abord le mot gloire. C’est le dernier soir de Jésus, quelques heures donc avant sa mort sur la croix des criminels. Et il prie : « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie. »

Surprenante gloire de Dieu ! En hébreu, la gloire, c’est le poids. Poids d’une vie qui tient face aux puissances de mort et de vanité.

C’est sur le visage de l’homme que resplendit la gloire de Dieu. On pourrait parler du visage humain, ce côté pile de la face de Dieu…

A Lyon, saint Irénée le proclamait déjà vers l’an 200. Ecoutez-le : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est de voir Dieu. » Magnifique ! L’homme vivant, libre de voir Dieu et de l’aimer en tout frère humain.

Au cœur de nos détresses, Dieu offre la gloire de sa vie pour nous rendre vivants et pour qu’à notre tour nous fassions vivre les autres.

Vivre, c’est mystérieusement traverser la souffrance. Non pas la rechercher, mais l’affronter, car les pouvoirs de mort attaquent jalousement la vie que Dieu donne.

Au rejeté et au méprisé, au malade et au pécheur, Jésus redonne son poids de vie et d’éternité, lui faisant partager sa palme de mort et de résurrection.

La gloire de Dieu, c’est son poids d’amour qui nous fait vivre ! Les anges de Noël nous le rappellent : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »

Evoquons maintenant « la vie éternelle ». A vrai dire, on n’en parle pas beaucoup. C’est une expression qui revient souvent dans la catéchèse, la prédication…

Frères et sœurs, vous qui m’écoutez, êtes-vous déjà entrés dans la vie éternelle ? Vous allez probablement me répondre que non, en pensant que, sinon, vous ne seriez pas là à m’écouter !

Et pourtant ! Ecoutez la définition qu’en donne Jésus : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. »

Apprendre à connaître Dieu et le Christ, c’est la démarche de la foi, un chemin toujours à parcourir. Si la vie éternelle, c’est connaître Dieu, alors serions-nous déjà tous entrés dans la vie éternelle ?

La tradition chrétienne évoque le baptême comme « le bain de la nouvelle naissance », l’entrée dans une vie nouvelle. C’est ce à quoi vous aspirez, vous les catéchumènes qui m’écoutez. Bientôt vous serez plongés dans ce bain de la nouvelle naissance. Je m’en réjouis tellement avec vous.

Une nouvelle naissance qui, déjà, nous fait goûter la joie de la vie éternelle, même si nous n’y entrons pas encore pleinement.

A toutes les époques, dans toutes les traditions religieuses, l’être humain est habité par ce désir d’éternité, qu’il recherche profondément et dont il aimerait comprendre le sens.

Pour les chrétiens, la joie de la vie éternelle, c’est de connaître le Christ qui nous donne à voir le Père. Et c’est une connaissance relationnelle, pas une connaissance théorique.

On ne connaît vraiment les gens que quand on passe du temps avec eux, quand on apprend à découvrir petit à petit leur caractère, ce qui les rend joyeux et ce qui les attriste. Je dirais même que c’est en aimant les gens qu’on les connaît le mieux, parce qu’on apprend à découvrir ce qui habite leur cœur.

La vie éternelle, c’est la relation à Dieu, une relation aimante, où on apprend à le connaître.

Quand deux amoureux se regardent les yeux dans les yeux, ils ont l’impression de sonder l’autre au plus profond. Et le temps s’arrête pour eux, rien n’existe plus autour d’eux.

Petit avant-goût de ce que doit être la vie éternelle ! La tradition biblique dit d’ailleurs qu’un jour, nous verrons Dieu face à face.

La vie éternelle est déjà née en nous, mais elle est encore comme une petite flamme fragile, qui risque de s’éteindre. Elle peut rester en nous comme une petite flamme vacillante, une vague lueur… Mais elle peut aussi devenir en nous « comme un feu dévorant ».

A nous d’entretenir cette flamme. Comment ? Il s’agit d’une relation, d’une amitié avec Dieu à faire grandir : tout ce qui nourrit notre intimité avec Dieu fait grandir cette flamme.

Je trouve très forte et très belle cette intimité avec le Père qui se ressent dans tous les mots de la prière du Christ : « Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie… Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi. » Jésus est celui qui connaît vraiment le Père parce qu’il vit pleinement de son amour.

« L’heure est venue », dit Jésus. L’heure de connaître Dieu. Trop souvent, nous croyons que cette heure sera celle de notre mort. Mais non ! La vie éternelle est déjà commencée.

L’heure est venue. Et c’est maintenant, d’accueillir ce que Jésus nous partage : « J’ai manifesté ton nom aux hommes, […] je leur ai donné les paroles que tu m’avais données », dit-il dans sa prière à son Père.

Oui, Jésus nous fait connaître Dieu, « le seul vrai Dieu ».

Notre monde nous propose tant d’idoles qui se nourrissent de l’argent, du désir de consommer ou de s’échapper, tant de fausses images de Dieu véhiculées par la haine et les fondamentalismes.

Ne nous laissons pas leurrer ! L’heure est venue de connaître le vrai Dieu. Et cette heure a déjà pour nous un goût d’éternité, car elle se nourrit de la relation d’amitié avec Dieu. Amen !


24/05/2020
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Homélie de Stanislas Lalanne pour la fête de l’Ascension Jeudi 21 mai 2020

 

Si des journalistes avaient à parler de l'actualité de l’évangile de ce jour, leurs manières de traiter l'information seraient sans aucun doute bien différentes les unes des autres.

• Pour certains, le « scoop » du jour serait la disparition de Jésus élevé vers le ciel. 
• Pour d'autres, le « scoop » du jour serait la fin des apparitions du Ressuscité et la solitude à laquelle les disciples de Jésus sont, cette fois, définitivement livrés. 
• Pour d'autres encore, le « scoop » du jour serait, non pas le message de l’Evangile mais l'acte de refermer l’Evangile sur cette dernière page.

Chers amis, les manières de comprendre, de traiter, d'entendre l'actualité sont diverses et variées. Ainsi en est-il aussi de la Bonne Nouvelle !

Chaque jour, nous nous mettons à l'écoute de l'actualité du monde dans lequel nous vivons. Et ces dernières semaines, avec anxiété, voire angoisse.

Et ce qui se passe, ce qui se vit, aux quatre coins du monde nous arrive de plus en plus rapidement jusqu'au cœur même de notre intimité. L'actualité nous est livrée par la presse, la télévision, les réseaux sociaux, les échanges que nous avons avec des voisins et des amis.

Et, quoi qu'il en soit de l'actualité du monde, nous ne pourrons jamais nous résoudre à accepter sereinement tant de décès du covid, tant de guerres, de souffrances et violences inutiles.

L'actualité nous promène inlassablement entre deux berges : celle d'hier et celle de demain, entre passé et avenir. S'il nous est assez facile d'apprécier le passé parce que précisément il est derrière nous, il nous est bien plus difficile de maîtriser l'avenir et même parfois de l'accepter tel qu'il se propose à nous.

Oui, l'avenir bien souvent nous inquiète, marqués par tant d’incertitudes. Et sans doute l'avenir inquiète aussi les disciples :

• De quoi demain sera-t-il fait ? 
• Pourrons-nous tenir ? 
• Quelle sera notre liberté ? 
• Saurons-nous nous aimer toute une vie ? 
• Serons-nous fidèles à sa Parole, à son message ?

Entre passé et avenir, le présent nous ouvre les bras, avec la tentation de tourner le dos au passé et de fermer les yeux à l'avenir, avec le risque de se laisser accaparer par le présent et de ne voir plus que lui.

Mais nous le savons, le présent a besoin du passé pour s'écrire. Il nous faut lire et relire les jours et les heures du passé pour en puiser la force de vivre le présent et pour oser rêver, inventer le futur.

L'Ascension de Jésus est donnée aux disciples comme un ultime rendez-vous. Un rendez-vous pour lire et relire le passé avant de plonger dans le futur, dans cette actualité du départ qui s'impose aux disciples.

Répondant à leurs questions, le Ressuscité du matin de Pâques leur déclare : « Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Pour les disciples, l'actualité du moment n'est plus à la peur devant les apparitions du Ressuscité. Elle n'est pas à la contemplation du Ressuscité.

L'actualité n'est pas non plus à la tentation de poursuivre la relation avec Jésus comme avant, comme s'il n'y avait jamais eu la croix, la mort, le tombeau vide, la résurrection… Comme si tous ces événements avaient été une parenthèse.

D'une certaine manière, l'actualité de l'Ascension de Jésus, pour les disciples comme pour nous aujourd'hui, c'est le « scoop » du livre qui se referme.

Le livre est fermé. Dorénavant il va falloir écrire un autre livre, remplir de nouvelles pages. Pour nous aussi !

Chacun est soudain renvoyé à lui-même, à ses choix, à sa liberté, à son avenir. Chacun est renvoyé à l'acte de foi qu'il lui faut poser pour oser le départ auquel le Ressuscité appelle.

Un tel acte de foi ne pourra se poser que dans l'accueil de la Bonne Nouvelle, dans la relecture d'une vie, dans la prière. Un peu à la manière des disciples qui, dans l'attente de l'Esprit et avant la grande dispersion de l'envoi en mission, se réunissent avec Marie et d'autres frères et sœurs de leur groupe pour prier.

Pour les disciples et pour nous-mêmes aussi, l'avenir est devant. Et l'avenir repose sur la mémoire. Non pas la mémoire de pieux souvenirs, mais la mémoire vivante d'une actualité qui demeure et se fait chaque jour plus brûlante : « Faites cela en mémoire de moi ! »

Oui, l'Ascension actualise encore davantage cette parole de Jésus. 

• Dorénavant, c'est notre propre vie qui doit se faire don, à la manière du Christ. 
• Dorénavant, c'est notre propre existence qui doit se livrer aux flammes de l'Esprit. 
• Dorénavant, nous sommes envoyés de par le monde pour être témoins de la Bonne Nouvelle.

La fête de l'Ascension nous rend libres de risquer un acte de foi qui fait de nous des témoins, des hommes et des femmes responsables de la Bonne Nouvelle.

Etonnant départ du Ressuscité, qui fonde le départ en mission des disciples ! Dans son départ, dans son absence, Jésus est déjà présent à tous les carrefours du monde, à tous les carrefours de nos vies.

Par l’Ascension, Jésus échappe aux disciples, il nous échappe. En fait, il échappe à nos saisies possessives, égoïstes ou utilitaires. S’il nous échappe, c’est pour nous obliger à croire en son nouveau mode de présence.

L’Ascension nous découvre le sens profond de l’eucharistie à laquelle vous aspirez tellement de pouvoir participer ! 

• Jésus n’est plus seulement notre compagnon de route puisqu’il est notre force pour marcher.
• Jésus n’a plus seulement à être vu puisqu’il est notre regard. 
• Jésus n’a plus à être seulement notre présence aimante à nos côtés puisqu’il est devenu notre force d’aimer.

Jésus monté aux cieux nous plante réellement en terre puisque nous sommes, désormais, sa présence auprès de tous les hommes.

Des hommes qu’il veut pouvoir, par nous, continuer sans cesse à rencontrer, à aimer, à sauver.

Nous sommes appelés à être, au cœur de ce monde, des témoins joyeux, comme les premiers apôtres, de sa résurrection.

Bonne fête de l’Ascension ! Amen.


21/05/2020
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Homélie de Stanislas Lalanne pour le 6e dimanche de Pâques 17 mai 2020

 

Marion, qui a 9 ans, avait repris les réunions de catéchisme, le mercredi, au retour des vacances d’été. La dame qui fait le catéchisme lui a parlé de la résurrection de Jésus.

Vous auriez vu ses yeux qui brillaient, et aussi l'étonnement des cinq garçons et filles qui étaient autour de la table. C'était la première fois qu'ils entendaient dire que le Christ Jésus était vivant et qu'on pouvait aujourd'hui encore le prier, lui parler.

De retour à la maison, Marion s'est plantée devant sa maman : « Maman, la dame nous a dit que Jésus est ressuscité après sa mort. Comment se fait-il que tu ne me l'avais jamais dit ? »

Je ne sais pas comment la maman a répondu mais je sais ce qu'elle a pensé. Elle ne l'avait jamais dit à Marion parce qu'elle ne l'avait jamais vraiment cru !

Nous vivons une époque où la foi chrétienne n'est plus un héritage familial. Combien de « Marion » n'entendront jamais parler de Jésus à la maison ? Il faut donc que d'autres s'en chargent.

Je devine les réactions de beaucoup de chrétiens qui ont de la peine à se sentir personnellement concernés quand il s'agit de la mission, de l’annonce de l’Evangile. Ils pensent peut-être que c'est réservé aux prêtres ou à quelques laïcs mais, en tout cas, à des spécialistes bien formés et bien préparés.

Chers amis, la proposition de la foi est confiée à l'Eglise tout entière, c'est-à-dire à nous tous, quel que soit notre état de vie. C'est cette conviction que je voudrais renouveler en vous aujourd'hui, en ouvrant quelques chemins que vous pourrez emprunter.

Pour cela, je me servirai des paroles de l'apôtre Pierre, dans la première lecture de ce jour : « Soyez prêts à tout moment à rendre raison de l'espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. »

Pierre nous invite à deux choses.

La première, c’est de rendre raison de l’espérance qui est en nous.

Nous sommes souvent perplexes, interrogatifs devant l’avenir de la foi et l’avenir de l’Eglise. Le Christ n’a pas promis à ses disciples que le chemin serait balisé, que les étapes seraient clairement indiquées, que les moyens seraient évidemment imposés.

Il leur a promis qu’il serait avec eux, toujours, chaque jour, à chaque instant de leur vie. Cela ne peut que fortifier notre foi et notre espérance.

Il ne leur a pas promis que la vie chrétienne serait facile, un long fleuve tranquille ! Il leur a promis au contraire de connaître le même chemin que lui.

Il ne leur a pas promis que leurs efforts seraient couronnés de succès visibles mais il leur a promis que jamais il ne les abandonnerait.

La force de la foi quand elle est vécue profondément dans l’obéissance à la Parole de Dieu, ce n’est pas d’aplanir les difficultés de l’existence, de les estomper ou de les enfouir. C’est de les affronter, de les assumer et de les surmonter.

La seconde chose que nous demande Pierre : « Faites-le avec douceur et respect. » Qu'est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire qu'il ne faut pas « asséner » des vérités, qu'il ne faut pas imposer un chemin, mais proposer l'Evangile de Jésus. L'Evangile s'offre, refusant toute croisade. L'arrogance tue, la modestie, l'humilité ouvrent les cœurs.

Tout est une question de ton :

• il faut allier la douceur du témoin et pourtant la fermeté du message, 
• il faut offrir le message avec précaution et pourtant sans réserve.

Sans réserve, bien sûr. On m'a cité, ces derniers jours, une conversation autour d'une table. Un homme, ce soir-là, que l'on savait croyant – il ne s'en cachait pas – a été sollicité par ses amis à rendre compte de sa foi. A bout d'arguments peut-être, il s'est contenté de dire : « La résurrection de Jésus, la présence du Christ dans ma vie ? Oui, enfin, c'est peut-être une façon de parler ! »

Eh bien, non ! Il ne faut pas réduire l'essentiel de la foi chrétienne à « une façon de parler ». A chaque eucharistie, le prêtre vous dit : « Le Seigneur soit avec vous. » Est-ce une façon de parler ?

Quand je prie le Christ, est-ce que je parle à quelqu'un ou non ? Est-ce une façon de parler ?

Dans l'Evangile, Jésus dit : « Je ne vous laisserai pas orphelins. Je vous enverrai mon Esprit. Je suis avec vous tous les jours. » Est-ce une façon de parler ?

L'Eucharistie, la messe, Jésus au milieu de nous, est-ce une façon de parler ?!

Ce qui peut altérer le message du Christ, vous l'avez compris, c'est la façon de parler approximative, réductrice, de certains chrétiens.

Pour que nous soyons toujours en mesure de rendre compte de l'espérance qui est en nous, selon la consigne de l'apôtre Pierre, je vous propose deux chemins, deux conditions.

Je les emprunte à une parole de Jésus, à une parabole où il nous dit que le Royaume de Dieu, c'est comme un festin de noce et qu'il faut aller aux carrefours des chemins inviter tous ceux que nous rencontrerons.

Eh bien ! Notre invitation doit être assez joyeuse, puisque c'est un festin de noce. Notre invitation doit être assez actuelle, lancée dans les meilleurs carrefours.

Pour trop de gens, la foi chrétienne se réduit à une doctrine abstraite et froide, une morale ennuyeuse, répressive. Etonnez-vous qu'on n'ait pas envie de la transmettre à ses enfants !

Les chrétiens sont porteurs d'une invitation au bonheur, le disons-nous assez ? Peut-être que le principal obstacle à la mission, c'est que les chrétiens, nous-mêmes, nous ne sachions pas assez quel trésor nous portons, quelle espérance est en nous.

Notre invitation est-elle assez actuelle ? Les chrétiens sont-ils des hommes et des femmes de leur temps ? Sont-ils présents aux carrefours d'aujourd'hui ? « Allez aux carrefours des chemins », dit Jésus. Sommes-nous présents à tous les carrefours importants de la vie d'aujourd'hui ?

Voilà, nous sommes passés de l'héritage à la proposition de la foi. Et cette proposition repose bel et bien sur nous tous.

Eh bien ! Faisons tout pour que, durant ce temps qui nous prépare à la Pentecôte, cette proposition soit assez joyeuse et assez actuelle. Amen.


17/05/2020
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Homélie de Stanislas Lalanne pour le 5e dimanche de Pâques 10 mai 2020

 

Dans l’évangile selon saint Jean de ce dimanche, nous voyons Jésus préparer ses disciples au temps où il ne sera plus avec eux de manière visible.

Durant des mois, ils ont marché avec lui, ils ont écouté sa parole, ils ont vu les signes qu’il a accomplis. Après avoir vécu les événements de sa Passion et avoir rencontré le Ressuscité, viendra un temps où il ne sera plus au milieu d’eux. Nous comprenons que Jésus les invite à ne pas être bouleversés !

Parmi les apparitions du Ressuscité, l’évangile relate celle de Jésus huit jours après sa résurrection.

Rappelez-vous, c’est lorsqu’il vient une seconde fois au milieu de ses disciples pour que Thomas puisse le voir de ses yeux et le toucher de ses mains. Jésus conclut en disant à Thomas : « Tu as cru parce que tu as vu. Heureux ceux qui croiront sans avoir vu. »

C’est bien notre cas ! Nous faisons partie de ces générations de croyants invités à croire sans avoir vu le Christ ressuscité de leurs yeux.

Et, comme pour les disciples après l’Ascension, la question de savoir comment Jésus est présent à notre vie se pose donc à nous continuellement. Cette question fait partie intégrante de notre vie chrétienne.

Que signifie donc croire au Christ ? Quelle place tient-il dans notre relation avec Dieu et dans notre marche vers le Père ?

Dimanche dernier, nous avons médité la parabole où Jésus se désigne comme la porte, celui par lequel il faut passer pour accéder au Père. Dans cet évangile, il se désigne comme « le chemin, la vérité et la vie ». Et il ajoute  « Personne ne va vers le Père sans passer par moi. »

Il y a dans cette formulation une espérance puissante pour nous qui voulons croire au Christ : la personne du Christ, mort et ressuscité, est le passage pour entrer en communion avec le Père. Mais nous recevons aussi ces paroles avec une certaine gêne !

Lorsque Jésus dit : « Nul ne peut aller vers le Père sans passer par moi », cela signifie qu’il est l’intermédiaire, le passage et le chemin exclusif pour accéder à Dieu.

Cette exclusivité trouble nos consciences modernes éprises de pluralisme et de tolérance ! Faut-il vraiment passer par le Christ ou n’y aurait-il pas quantité d’autres chemins pour aller vers Dieu ?

Cette question n’est pas mineure. Car estimer positivement d’autres religions nécessite-t-il de relativiser le rôle du Christ dans notre propre démarche ?

Tout au long de la vie de l’Eglise, les chrétiens ont reconnu qu’il peut y avoir quelque chose de vrai, de juste et de bon dans d’autres religions. Mais cette conscience ne doit pas se transformer en dévalorisation de notre propre chemin.

Comme chrétien, je ne peux pas entrer dans une relation positive avec des juifs, des musulmans, des bouddhistes ou même des athées :
• en supposant qu’ils sont en train de devenir chrétiens,
• ou encore en renonçant à ma propre conviction chrétienne.

Je ne peux entrer dans cette relation qu’en étant fidèle à ma vocation et à l’appel que Dieu m’adresse.

Dans l’univers pluriculturel et pluri-religieux auquel nous appartenons, prendre conscience des paroles de Jésus, qui se présente comme « le chemin, la vérité et la vie », ce n’est pas un acte d’exclusion à l’égard des autres.

C’est la condition nécessaire pour que nous soyons nous-mêmes et que nous mettions en œuvre la capacité que le Christ nous donne d’entrer avec tous dans une relation positive. Être plus profondément fidèle à notre foi, c’est être capable d’entrer vraiment en relation avec les autres.

Mais Jésus va encore plus loin. Il ne se présente pas seulement comme l’intermédiaire exclusif dans la relation avec Dieu. D’une manière plus scandaleuse encore pour ses auditeurs, il affirme : « Qui m’a vu a vu le Père. »

En effet, la tradition judéo-chrétienne repose sur la conviction que Dieu n’a jamais été vu et ne sera jamais vu par personne. Jésus ne peut dire : « Qui m’a vu a vu le Père » que parce qu’il est dans une relation d’identification avec le Père.

Il n’est pas le Père et, à proprement parler, ce n’est pas le Père que voit l’apôtre Philippe. Mais il est de la même nature que lui. On peut donc bien dire que celui qui a vu Jésus a vu Dieu.

La foi chrétienne comporte cette prise de conscience inouïe que le Tout-Autre, l’Invisible, l’Insaisissable, l’Inconnaissable, Celui que la tradition juive refuse d’appeler par son Nom, est devenu l’un des nôtres et il a pu être vu, rencontré, touché, entendu.

Nous croyons que celui qui a vu Jésus a vu le Père.

Oui, nous croyons que celui qui a vu Jésus a vu le Père parce que nous reconnaissons qu’il est dans le Père et que le Père est en lui.

Toute la foi chrétienne repose donc sur le crédit que nous pouvons faire aux paroles de cet évangile. Jésus est-il vraiment pour moi le cœur de la foi, le passage obligé, le chemin vers la Vérité et la Vie ?

Croyons-nous que son Esprit répandu sur ses disciples et sur le Corps de l’Eglise nous assure le chemin vers Dieu ?

Croyons-nous que le corps du Christ ressuscité qu’est l’Eglise est le lieu où un chemin est proposé à tous pour aller vers le Père ?

Croyons-nous que la communauté que nous formons, l’Eglise, est bien ce corps sacerdotal dont parle la lettre de Pierre, c’est-à-dire le corps du Christ ?

Nous sommes invités à croire que l’Eglise est ce corps vivant qui doit être pour les hommes le signe incontournable de Celui qui est chemin, vérité et vie.

Nous sommes invités à croire que ce corps accomplit les œuvres de l’Esprit, des œuvres plus grandes encore que celles accomplies par le Christ.

Rendons grâce pour cette confiance qu’il nous fait. Amen.


10/05/2020
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Homélie de Stanislas Lalanne pour le 4e dimanche de Pâques 3 mai 2020

 


Imaginez, écrivait Marc Lévy dans son livre Et si c’était vrai…, qu’à partir de demain votre banque vous offre chaque matin la somme de 86 400 euros.

Une exigence : cette somme devra être dépensée dans la journée. Vous pouvez l’utiliser pour vos propres besoins ou pour offrir des cadeaux à d’autres. En tout cas, il n’est pas question de la déposer sur un compte d’épargne. Et tout l’argent que vous n’aurez pas utilisé sera perdu à jamais.

Vous n’avez pas à vous en faire puisque le lendemain vous aurez à nouveau 86 400 euros qui vous attendent sur votre compte.

De plus, vous fait remarquer la banque, elle peut interrompre ce cadeau quand elle le souhaite et sans vous prévenir. Chacun d’entre nous évidemment se met à rêver et à faire de superbes projets.

Cette banque n’est pas si imaginaire que cela. Nous la possédons toutes et tous : il s’agit de la banque du temps. Chaque journée nous est créditée de 86 400 secondes.

Ce temps, nous le dépensons pour nous et pour les autres. Et tout temps qui est passé est dépassé à jamais.

Le temps se goûte à chaque instant. C’est pourquoi, il est préférable d’ajouter de la vie au temps plutôt que du temps à la vie. Il est illusoire de croire que plus nous aurons de secondes disponibles à dépenser, plus nous serons heureux.

Donner plus de temps à la vie ne nous appartient pas. C’est la nature qui le décidera. En revanche, donner de la vie au temps est du ressort de notre propre liberté.

La qualité de l’occupation de mon temps m’appartient. C’est à moi, en lien avec tous ceux qui m’entourent, de décider comment je vais l’utiliser. En effet, ce n’est pas l’événement qui fait la vie mais plutôt la manière dont je le vivrai. Alors prenons le temps de vivre, le temps d’aimer.

N’est-ce pas cela même le sens de l’abondance de la vie dont nous parle le Christ dans l’évangile de ce jour ? « Je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »

Pour vivre cette promesse de l’abondance de la vie, nous sommes conviés à accepter de revêtir le Christ, ou encore de se laisser enrober par le Père.

Dès l’instant de notre baptême, toutes et tous, nous avons revêtu le Christ. En effet, nous portons en nous et sur nous la marque de l’Esprit Saint.

L’apôtre Pierre l’affirme clairement dans la première lecture :
« Que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. »

Dans beaucoup de nos paroisses, dès que les conditions sanitaires le permettront, des enfants, des jeunes et des adultes seront baptisés, plongés dans la mort et la résurrection du Christ. Ils revêtiront ce vêtement blanc, ils revêtiront le Christ, ils seront devenus des créatures nouvelles, nous dit saint Paul.

Au fil de la vie, cet habit de lumière, créé par le Père, dessiné dans le Fils et confectionné par l’Esprit, peut, suite à certaines saisons douloureuses de l’existence, se ternir, voire s’abîmer.

Nous le savons, l’échec professionnel, la maladie, la vieillesse, les souffrances auxquelles nous sommes confrontés, sont autant de facteurs qui peuvent altérer la qualité de notre vêtement intérieur.

Heureusement pour nous, dans la foi, le plus grand couturier depuis la Création du monde, c’est l’Esprit Saint qui n’utilise que le fil d’or de la tendresse pour réparer nos blessures les plus profondes.

En Dieu, il y a toujours l’espérance. Il ne faut pas grand-chose pour que le souffle de l’Esprit puisse agir en nous. Dieu est avec nous, Dieu est en nous.

Il ne nous lâche pas et il nous convie à le chercher dans les traces laissées par son Fils et dans les marques de l’Esprit agissant par le biais des créatures humaines.

Notre vocation, c’est que
• nous sommes tous appelés à la vie,
• tous appelés à oser la regarder en face avec ses beautés et ses moments plus douloureux,
• tous appelés à l’écrire avec une plume trempée dans l’encre de l’amour,
• tous habités par cette conviction que l’encrier ne se videra jamais puisqu’il prend sa source dans le Fils.

Tel est le sens premier du salut dont nous parlent les passages de la Parole de Dieu aujourd’hui. Dieu nous appelle gratuitement à l’abondance de la vie. Dieu nous appelle à la grande Vie.

Et c’est Jésus qui nous montre la porte de la vie. Il n’y en a pas d’autre que lui-même : « Moi, je suis la porte », affirme-t-il.

Ce n’est pas seulement un enseignement qu’il est venu nous apporter. Il ouvre à notre existence la porte de la vie. Qui ne voudrait franchir cette porte ? Qui ne désire vivre, et vivre en abondance ?

Et cette offre n’est pas réservée à un petit groupe de favorisés ou d’initiés qui seraient les seuls appelés, les prêtres, les diacres ou les consacré(e)s ! Jésus et la vie qu’il apporte ne sont pas non plus le privilège des brebis qui sont déjà dans l’enclos.

De même que Luc raconte la parabole du berger qui laisse les 99 brebis pour aller à la recherche de l’unique égarée, Jean nous montre la volonté de Jésus d’ouvrir à tous les hommes la porte du salut.

Si Jésus est à la fois le berger et la porte, c’est qu’il a frayé aux hommes le passage vers la vie. Ce passage est celui de sa Pâque.

Jésus nous tourne ainsi vers son mystère pascal. Il se dessaisit de sa vie pour devenir source de vie. Par le baptême nous franchissons la porte qu’il nous ouvre.

Nous faisons partie du seul troupeau et nous connaissons la voix du seul berger : « Tu es mon berger, Seigneur ! Rien ne saurait manquer où tu me conduis. » Amen.


03/05/2020
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